Retour vers l'exposition

La première incursion de James Maclaren dans le réseau économique forestiers se manifeste au magasin général de La Pêche où, travaillant avec son père David et son frère John, il s’active à acheter des billots de bois provenant des habitants de la région pour les revendre ensuite à des entrepreneurs forestiers.

Quelques années plus tard, James Maclaren s’associe à ces entrepreneurs pour acheter des scieries à New Edinburgh et à Buckingham. Ces moulins de Buckingham retiennent particulièrement l’attention de James Maclaren. Ils produiront une quantité importante de bois de construction tout au cours du XIXe siècle. Ce bois est exporté aux États-Unis ainsi qu’en Grande-Bretagne. Il est probable qu’une partie du bois scié était aussi destinée à la consommation locale afin de répondre à la demande grandissante de construction de nouvelles résidences.

L’avènement du nouveau siècle entraîne une réorientation de la production forestière québécoise et outaouaise. Alors que certaines compagnies prennent ce virage beaucoup plus tôt, en 1883 dans le cas de la E.B. Eddy Company, ce n’est qu’en 1901 que la James Maclaren Company réorientera ses activités vers la production de pâte de bois. La compagnie construit alors une pulperie à Buckingham et débute la production de pâte dès l’année suivante. Cette production sera très majoritairement exportée aux États-Unis (à plus de 95%).

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En 1929, face à l’offensive importante des investissements américains, la compagnie modernise ses installations et envisage la construction d’une papetière dans le petit village de Masson.

Cette papetière sera reliée par un tuyau à la pulperie de Buckingham, lui fournissant ainsi la matière première pour la production du papier qui sera exporté essentiellement vers les marchés américains. Les États-unis connaissent alors une forte demande pour le papier et cette demande est accentuée par une diminution de la production locale, elle-même causée par l’épuisement des ressources forestières américaine.

 

 

Gaffield, Chad. Histoire de l’Outaouais, p. 277-278
Gaffield, Chad. Histoire de l’Outaouais, p.283

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James Maclaren est né en 1818, à Glasgow (Écosse).

Après que sa famille se soit installée au Canada, il travaille au magasin général de son père, David, avec son frère John. Il achète alors des billots de pins blanc de la population locale pour les revendre à Messieurs Scott, Currier et Dickinson, propriétaires du moulin à scie de New Edinburgh (Ontario). Au moment de la retraite des entrepreneurs Scott et Dickinson, en 1856, J.-M. Currier et Maclaren prennent la tête de cette compagnie qui devient alors la J.-M. Currier & Co. Avec Messieurs Sincennes et McNaughton, cette compagnie achète ensuite les moulins à scie de Buckingham auxquels Maclaren consacrera dorénavant la majeure partie de son temps. Après le décès de Sincennes et de McNaughton, Maclaren restera le seul propriétaire du moulin de Buckingham. Maclaren achète aussi la part de Monsieur Currier dans le moulin de New Edinburgh (Ontario). En 1874, il fonde, avec quelques entrepreneurs forestiers, la Banque d’Ottawa afin de faciliter le financement des compagnies engagées dans l’industrie forestière. Il occupera la présidence de cet organisme jusqu’en 1892, année de son décès.

De l’union de James Maclaren et d’Ann Sully naîtront treize enfants dont quatre monrront cependant avant leur dixième anniversaire de naissance. Après le décès de James, en 1892, ses fils prennent la relève de l’entreprise. En 1901, la succession de James Maclaren vend les propriétés ainsi que les permis de coupe à la James Maclaren Company.

La compagnie fait appel à des gérants qui administrent les différents secteurs d’activités. L’un des plus connus est, sans aucun doute, John-Edward Vallilee. Bien qu’employé par la compagnie, il est aussi maire de la ville de Buckingham, de 1902 à 1906. Faisant partie de l’administration municipale lors du conflit ouvrier de 1906, il se trouve alors nettement en conflit d’intérêt. Pierre-Louis Lapointe a reconstitué la trame historique des événements entourant ce conflit dans son volume intitulée Buckingham, ville occupée.

En 1901, la James Maclaren Company entreprend la construction d’une usine spécialisée dans la production de pâtes à Buckingham. Le fonds de la James Maclaren Company contient peu de renseignements sur la construction de cette usine. Par contre, il est riche en informations ce qui a trait à la construction de l’usine de Masson.

Au cours des années 1920, la compagnie envisage la construction d’une papetière. Elle fait alors appel aux services d’un ingénieur pour élaborer les plans et les devis pour la construction de l’usine.

L’ingénieur Hardy-S. Fergusson remet un rapport qui précise aux dirigeants de la compagnie tous les détails de la construction. Tout d’abord, il présente le site le plus propice à la construction, un terrain appartenant déjà à la compagnie et qui est situé sur la rive ouest de la rivière du Lièvre, à proximité du chemin de fer du Canadien Pacifique à Masson.

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Le choix de ce site aura une influence déterminante sur les plans et la logistique de la nouvelle papetière. L’usine aura une capacité de production quotidienne de 250 tonnes de papier journal, de 200 tonnes de pâte mécanique, et de 65 à 70 tonnes de pâte chimique, à base de sulphite. Les plans prévoient aussi l’installation d’une voie de chemins de fer reliée au chemin de fer du Canadien Pacifique pour le transport des marchandises produites par la compagnie.

Bien que très détaillés, les plans soumis ne prennent toutefois pas en considération certaines des attentes des dirigeants, à tel point qu’en mai 1927, une seconde série de plans est soumise aux dirigeants. Une attention particulière est portée cette fois-ci aux besoins énergétiques de la compagnie. L’ingénieur prévoit ainsi l’installation de bouilloires électriques qui produiront toute la vapeur nécessaire au fonctionnement de l’usine. Ces bouilloires seront alimentées par l’électricité provenant du barrage de High Falls que l’on prévoit alors construire.

Au total, les coûts de construction du barrage, de la ligne de transmission ainsi que des générateurs électriques est évaluée, à l’époque, à
4 746 000,00$.

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James Maclaren s’engage dans le domaine de l’industrie forestière dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dès 1867, il est détenteur d’un droit de coupe dans la vallée de la rivière du Lièvre. Le 7 mars de cette même année, son nom apparaît pour la première fois dans le registre des concessions des terres publiques. Il collabore alors avec d’autres industriels qui se partagent les terres de coupe de la vallée de l’Outaouais et de celle de la rivière de Lièvre et de ses affluents. Quelques années plus tard, le 18 juin 1873, James Maclaren acquiert de nombreuses terres de la Thompson & Co., mais cette fois-ci en partenariat avec les industriels McPherson, Lemoyne et Ross.

Au cours de cette décénnie, des terres de coupe sont aussi affermées à d’autres entrepreneurs dont, James Wadsworth, G.-A. Gouin (rivière Rouge) ou encore John Ross et Thomas Glover (rivière Kiamika). Ce ne sera qu’au début du XXe siècle que la James Maclaren Company, dirigé par les cinq fils après le décès de leur père, réussira à s’approprier la quasi-totalité des terres de coupe du bassin de la Lièvre.

Les terres publiques constituent alors la principale source d’approvisionnement en bois pour les compagnies. Cependant, la James Maclaren Company, comme plusieurs autres compagnies, achète aussi le bois coupé sur les terres des particuliers. Cette pratique offrait non seulement un revenu d’appoint aux familles qui étaient propriétaires de ces terres; elle permettait également à la compagnie d’obtenir du bois à un prix raisonnable tout en maintenant le niveau de sa production. Les contrats d’achat de bois provenant des terres privée

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Pour la coupe du bois sur les terres publiques dont la James Maclaren Company possédaient les permis ont été conservés pour la période de 1929 à 1937. En analysant ces contrats, il est possible de mieux réaliser l’importance de cet approvisionnement. Les premières années de la crise économique sont assez difficile et offrent peu d’occasion aux familles de vendre le bois coupé sur leurs terres. La compagnie préfère embaucher des gens qui couperont le bois sur les terres publiques. La crise économique frappe durement en 1931, avant que les affaires ne reprennent peu à peu de 1932 à 1934. Le niveau d’approvisionnement de bois provenant des terres publiques et des terres privées demeure généralement la même, sauf, en 1935 lorsque le nombre de contrats d’achat de bois provenant des terres privées connaît un sommet. Cette situation s’explique probablement par la grève des bûcherons dans la région, ce dont les propriétaires de forêts privées ne manque pas de profiter.

Les contrats d’achat de bois précisent aussi les espèces des arbres qui sont acheté par la compagnie. Le baume (sapin) et le pruche sont les essences les plus communes, suivies de l’épinette, du cèdre et de quelques pin blanc. Les proportion de coupes de chacune de ces essences sont similaire sur les terres publiques et privées.

Dès le début du XXe siècle, les industriels ainsi que les autorités gouvernementales prennent conscience de la fragilité des forêts. Il mettent en place des mesures devant faciliter la gestion de cette richesse naturelle. Les compagnies instaurent des pratique pour évaluer les ressources dont elles disposent. En 1927, elles effectuent des photographies aériennes pour déterminer les zone ou la regénération de la forêt est optimale et pour cibler les emplacements où les arbres sont matures et peuvent être coupés.

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À partir de 1940, les compagnies effectuent des inventaires forestiers. Un ingénieur forestier est alors embauché par la compagnie pour déterminer des emplacements précis d’ un cinquième d’acre de superficie, en moyenne, qui serviront d’échantillons pour mesurer la croissance des arbres. L’ingénieur forestier calcule le nombre d’arbre qu’il y a pour chacune des essences et les répartit selon leur diamètre à la hauteur de la poitrine (DBH – Diameter Breat Height).

Tous les arbres ayant plus de 4 pouces de diamètre à la hauteur de poitrine sont répertoriés. Dans les années qui suivent, le ministère des Terres et Fôrets du Québec exige le dépôt d’un plan d’aménagement indiquant clairement la quantité de bois qui sera coupée sur chaque terre. Soucieux de la protection des fôrets, le gouvernement canadien adopte pour sa part le Bill 62 qui accorde des fonds à toute compagnie forestière qui entreprend le reboissement des terres publiques ou privées.

Au moment ou le gouvernement fédéral délibère quant à l’adoption de cette loi, la James Maclaren Company se classe déjà au deuxième rang au Canada en matière de reboissement, derrière une compagnie de Colombie-Britannique. En 1950 et 1951, elle demandait plus de 50 000 arbres qu’elle prévoyait replanter sur ses terres dans le bassin de la Lièvre.

Source sonore : M. Hamel et Detonnancourt : Collection Société historique de la région de Mont-Laurier, série témoignages oraux, ruban # 03

 

 

Peu importe le secteur d’activités dans lequel les entrepreneurs forestiers se spécialisent, que ce soit les bois sciés, la production de pâte ou de papier, ils ont tous recours à une activité importante qui demeure à peu près la même au cours de tout le XIXe et au début du XXe siècle : le transport du bois. Le halage du bois est la toute première étape de cette activité; elle est effectuée au chantier même et précède la drave.

Le halage du bois consiste à transporter le bois fraîchement coupé depuis la forêt jusqu’au cours d’eau le plus près.

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Le cours d’eau doit être gelé au moment du halage. Les billots resteront alors sur place jusqu’au printemps, à la fonte des glaces. Le halage est effectué avec des attelages de chevaux.

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Dès le début de janvier, un nombre important d’attelages est requis par chaque chantier. Cette demande augmente rapidement dans les mois qui précèdent l’arrivée du printemps. Lorne-F. Hammond, dans son étude intitulée Anatomy of a Lumber Shanty : A Social History of Labour and Production on the Lièvre River, 1876-90, fournit des données intéressantes concernant l’utilisation des attelages au chantier Ross, pour l’année 1876-1877. Au cours des mois d’octobre, de novembre et de décembre, les employés responsables des attelages représentent moins de 25% de la main-d’œuvre. Par contre, dès le début de janvier, cette proportion augmente pour atteindre un peu plus de 45%. L’augmentation la plus considérable survient néanmoins au cours des mois de février et mars, alors que la main-d’œuvre responsable du halage du bois représente près de 75% de la main-d’œuvre totale.

Le halage du bois était donc une activité coutumière dans la vie d’un chantier et une étape nécessaire du transport du bois. Après le dégel des cours d’eau situés à proximité du chantier, les draveurs n’avaient ensuite qu’à diriger les billots vers les principaux moulins à scie, pulperies ou papetières de la région.

 

Comparable en importance au personnage du coureur des bois, à l’époque du Régime français, l’ image du bûcheron ou du travailleur de chantier est caractéristique du XIXe siècle dans la mémoire collective des Québécois. C’est donc de la vie de ces travailleurs et du cycle saisonnier qui régit les activités du chantier dont il sera question ici.

Une étude rédigée en 1991 par Lorne-F. Hammond et intitulée Anatomy of a Lumber Shanty : A Social History of Labour and Production on the Lièvre River, 1876-90 nous fournit de précieux renseignements qui nous permettent de tracer le portrait de cette occupation. Cette étude s’appuie sur des pièces d’archives du fonds de la James Maclaren. Il s’agit de livres de chantier dans lesquels sont inscrites par le contremaître du chantier ou un commis divers renseignements.

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Quatre grandes thématiques sont traitées dans ces livres. Tout d’abord, on note quotidiennement le temps de travail de chaque employé. Dans la deuxième section, on consigne le nombre d’hommes assignés à chaque tâche. La troisième partie énumère tous les biens de consommation, les matériaux reçus au chantier ainsi que leur provenance et la date de leur réception. La dernière section est une liste récapitulative des achats faits par chaque employé du camp.

Un examen attentif des informations contenues dans ces pièces d’archives nous permet aujourd’hui de reconstituer le cycle de vie du chantier.
Les premiers travailleurs arrivent au début de l’automne sur le site du camp. S’il s’agit d’un nouveau site, celui-ci aura été repéré au printemps précédent. En général, les travailleurs ne sont alors qu’une petite équipe.

Ils effectuent des réparations aux bâtiments existants et en cas de besoin en construisent de nouveaux en vue de l’arrivée d’autres travailleurs.

Ils s’affairent ensuite à la construction et à l’entretien de barrages filtres sur les ruisseaux et les rivières. Les barrages filtres jouaient un rôle très important puisqu’ils permettaient l’élévation du niveau de l’eau des ruisseaux par lesquels les billots allaient être dirigés vers la rivière du Lièvre, ou une autre rivière principale. Par la suite, les hommes dégageaient les routes par lesquelles les billots allaient être halés jusqu’aux abords du ruisseau, de la rivière ou du lac à proximité du chantier. Des entrepôts pour la paille destinée à nourrir les chevaux étaient aussi construits. Après ces travaux d’entretien, l’abattage des arbres pouvait débuter.

Ce n’est qu’après le gel de la rivière qu’un second groupe de travailleurs arrivait, accompagné de nombreux attelages. Ces derniers étaient utilisés pour le halage de billots qui étaient ensuite empilés près d’un cours d’eau afin de faciliter leur transport jusqu’au moulin à scie de la compagnie. À l’approche du printemps, les travailleurs préparaient également les outils en vue de la drave. Les employés embauchés pour l’hiver seulement et ceux accompagnés d’un attelage devaient quitter le chantier avant le dégel de la rivière, puisqu’elle était alors la seule voie de communication disponible.

Au moment du dégel, les employés qui étaient demeurés sur place s’occupaient de récupérer les billots dans des allingues de retenue sur la rivière.

La drave des billots, du camp jusqu’au moulin à scie, n’était pas sans embûche. Il fallait ainsi parer à l’encombrement des billots aux endroits où la rivière était moins large.

Ville de Gatineau – P30-01b/180

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Sources sonores :
Hormidas Gauthier : Collection Société historique de la région de Mont-Laurier, série témoignages oraux, ruban # 02
Omer Lévesque : Collection Société historique de la région de Mont-Laurier, série témoignages oraux, ruban # 03

Les historiens québécois et canadiens s’intéressent de plus en plus au mouvement ouvrier, à la naissance du syndicalisme et à la situation des travailleurs au Canada.

En Outaouais, la grève de 1906, à la James Maclaren Company, est sans aucun doute l’un des conflits de travail les plus violents à être survenu dans cette région. Dans son volume intitulé Buckingham, ville occupée, Pierre-Louis Lapointe reconstitue le déroulement du conflit et trace le portrait des ouvriers et des dirigeants de la compagnie qui s’opposent dans cette grève.

C’est au cours de l’été 1906, que les travailleurs entreprennent de former une loge de l’International Union of the Brotherhood, Building Laborers’ International Protective Union of America. Lors d’une rencontre qui a lieu au Collège Saint-Michel de Buckingham le 29 juillet 1906, les ouvriers élisent leurs représentants auprès de la partie patronale. Les effectifs syndicaux atteignent bientôt plus de 300 membres.

« Thomas Bélanger devient rapidement l’âme dirigeante de l’union. Il jouera un rôle de premier plan dans toutes les démarches qui furent effectuées auprès de la compagnie Maclaren. […] Dans la soirée du 10 septembre 1906, une délégation de syndicalistes, composée de Thomas Bélanger, Eusèbe Lafleur, Georges Lafleur, Léandre Lafleur, Palma Proulx, Adélard Hamelin et quelques autres, se rendit à la résidence de J.E. Vallillee et lui présenta les demandes de l’union».
Les demandes de l’union consistaient en la reconnaissance de l’union, la réduction des heures de travail (passant de onze heures à dix heures par jour), et l’augmentation du taux horaire de 2,5 centimes pour les employés qui ne gagnaient seulement que 12,5 centimes. Face à ces demandes, la compagnie réagit en congédiant les dirigeants syndicaux, puis en fermant l’usine aux syndiqués. Plus de 400 employés sont touchés par ces mesures.

ANQ-O – P57,S132,D269

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La compagnie refuse également l’aide des conciliateurs envoyés à la fois par les gouvernements fédéral et provinciaux et embauche des constables spéciaux afin d’assurer la sécurité de ses installations. Elle retient aussi les services d’une compagnie spécialisée dans le bris de grève. Au cours d’un affrontement entre les grévistes, d’une part, et les briseurs de grève et les constables spéciaux, d’autre part, Thomas Bélanger et François Thériault, deux dirigeants du syndicat, sont tués, et plusieurs autres sont blessés. Une fois la grève terminée, la majorité des grévistes ne sera pas réembauchée et plusieurs années s’écouleront avant que le syndicat ne réapparaisse au sein de l’entreprise.

 

 

 

 

 

Pierre-Louis Lapointe. Buckingham, ville occupée, p.57-58

Il existe une relation étroite entre la croissance et l’évolution démographique d’une localité et le marché de l’emploi. L’augmentation du nombre d’habitants du village de Masson, entre 1916 et 1942, illustre très bien les répercussions de l’industrie forestière sur l’essor des communautés, en Outaouais. Le nombre d’habitants qu’indique la municipalité dans ses rapports au Bureau des statistiques du ministère des Affaires municipales, de l’Industrie et du Commerce, entre 1916 et 1928, se situe autour de 950 personnes. Cependant, dès l’établissement de la papetière de la James Maclaren Company, la population augmente considérablement jusqu’à ce qu’elle atteigne même plus de 1500 personnes, avant que la crise économique et les difficultés de l’économie forestière n’entraînent une diminution, en 1935.

Source : Ville de Gatineau, M001-01a/0089, M001-01a/0014 et M001-01a/0015, Rapport de la municipalité de village de Masson – Bureau des statistiques du ministère des Affaires municipales, de l’Iindustrie et du Commerce.

Source : Ville de Gatineau, M001-01a/0089, M001-01a/0014 et M001-01a/0015, Rapport de la municipalité de village de Masson – Bureau des statistiques du ministère des Affaires municipales, de l’Iindustrie et du Commerce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’exemple précédent illustre très clairement les répercussions de la présence de l’industrie forestière dans une communauté, cela peut parfois se manifester de façon moins évidente. C’est le cas, entre autres, pour le petit village de Notre-Dame-du-Laus. A priori, il faut noter que la James Maclaren Company n’a aucune installation d’importance dans cette petite localité de la vallée de la rivière du Lièvre. Par contre, elle offre des emplois dont bénéficiera la population. À la fin du XIXe siècle, l’on retrouve les noms de plusieurs habitants de Notre-Dame-du-Laus dans les registres de camps forestiers, puis au XXe siècle, la compagnie embauche de nombreux habitants de cette localité pour la coupe du bois sur les terres dont elle possède les droits de coupe.

Enfin, elle achète aussi des billots de bois coupés sur les terres privées. Les répercussions des activités de la James Maclaren Company sur le développement de cette localité ont donc été, là aussi, considérables.

Cette participation des industries forestières à l’évolution des communautés n’a cependant pas toujours été positive. Un exemple particulier vient à l’esprit : celui du hameau de High Falls. Plusieurs familles allemandes y sont établies, lorsqu’en 1928, la compagnie annonce qu’un barrage y sera érigé et que les terrains de certaines propriétés seront submergées. Plusieurs de ces familles quitteront alors la région.

Source sonore : Hormidas Gauthier : Collection Société historique de la région de Mont-Laurier, série témoignages oraux, ruban #2